J+2 : Reprendre le dessus dans des conditions difficiles

J+2 : Reprendre le dessus dans des conditions difficiles

Mardi 26 juillet

Malgré le vent qui se lève, les manœuvres périlleuses et la perte de repères temporels, je retrouve le moral à l’approche des côtes espagnoles.

Alors que le vent souffle à 20nds, j’ai hissé le spi medium (grande voile d’avant, en forme de ballon, d’environs 70m2), sans réduire la grand-voile.  Résultat, je suis surtoilé et le bateau se couche à plusieurs reprises.  Les écoutes claquent et les voiles faseyent comme un drapeau, le bateau fait un bruit impressionnant.  J’ai l’impression que je vais tout déchirer. A l’intérieur du bateau c’est la machine à laver.  Même bien accrochés, mes affaires finissent par voler dans tous les sens.  Tout se retourne et se renverse pour créer un bordel incommensurable. 

Le vent monte, j’ai des rafales à 25nds.  Voici venu le vent qui était annoncé pour l’approche des falaises galiciennes.  La mer se forme inexorablement.  Mon gouvernail (le safran) fissuré travaille beaucoup (trop) et fait toujours un bruit inquiétant.  Je ne le quitte pas des yeux.  Changer de voile ou manœuvrer dans ces conditions devient sportif, mais je gère.

J’ai perdu toute notion du temps.  J’ai pris le départ il y a deux jours et je ne sais déjà plus quel jour on est.  Il fait toujours gris et, sans le soleil, il est difficile d’avoir une idée de l’heure.  On perd vite ces repères temporels en mer.

Ces premières 48h ont été éprouvantes moralement.  J’ai eu très mal à la tête.  Manque d’eau, manque de sommeil ou manque de civilisation, je ne sais pas.  Ca a été difficile de trouver la motivation surtout sachant que je caracole en queue de peloton. 

Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux.  J’ai pris le taureau par les cornes!  J’ai choisi un cap sans tenir compte des autres.  C’est ma route. Et même si, à quelques degrés près, je ne sais pas si je suis le bon cap, c’est mieux que de suivre simplement les autres.  Aujourd’hui, c’est comme si j’avais pris un certain contrôle sur la course et sur les événements.

Et puis je ne suis plus seul !  Le Mini numéro 512, le « Mini Explorer », de Marine André est apparu sur mon écran radar.  Même si je ne la vois pas, elle est à portée radio VHF et on peut se parler un peu.  On partage nos états d’âme et on essaye aussi de trouver une explication à notre envie de participer à cette course.  Comme moi, Marine sent qu’elle a besoin d’être sur l’eau.  Sur l’eau, on se sent plus libre.  

Je file à 12nds maintenant, en ligne directe vers coin du nord-est du DST, cette zone interdite pour les coureurs et délicate car il faut la contourner au large du cap Finisterre.

En m’approchant du cap, j’ai une petite pensée pour mes amis espagnols.  La vie espagnole me manque beaucoup.  Après avoir vécu 5 ans là-bas, j’ai quitté Madrid car la vie que je menais ne me contentait pas.  Eternel insatisfait que je suis…

Il y a des risées à 25-26nds. Pas le temps de rêvasser. Le moral est bon.  Je suis dans la course.  Une course au large en solitaire.  J’ai choisi d’être là et je me rends compte de ce que je suis en train de réaliser !

“Celui qui suit la foule n’ira jamais plus loin que la foule qu’il suit. Celui qui marche seul peut parfois atteindre des lieux que personne n’a jamais atteints.”
— Albert Einstein (1879-1955)

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