J+3 : Collision avec un cargo évitée de justesse

J+3 : Collision avec un cargo évitée de justesse

Mercredi 27 juillet

Je n’étais plus maître de mes manœuvres lorsque je me suis fait rattraper par un cargo dans une zone très fréquentée au large du cap Finisterre

Hier soir, j’ai cru que j’allais tout casser.  J’étais sous Code 5 (voile d’avant de 40m2 environs qui s’utilise par vent ¾ arrière), quand le vent est monté pour s’établir à Force 6 (25nds) et avec des touches à 27-28nds.  De nuit, le faisceau rouge de ma lampe frontale éclairait l’eau qui s’écrasait sur le pont du bateau.  L’eau, qui me giclait sur le visage, était comme devenue rouge elle aussi, c’était surréaliste !  J’étais totalement surtoilé et constamment en surf.  Mais a cette vitesse, je ne pouvais pas lâcher la barre. Le pilote automatique ne suivait pas le rythme.  Pourtant il fallait que je réduise la voilure au risque de déchirer une voile ou de casser.

Au moment de lancer ma manœuvre, mon alarme anti-collision s’est enclenchée et j’ai réalisé que j’avais un cargo derrière moi.  J’avais perdu de vue que j’approchais d’un point de passage pour de nombreux cargos et, dans la nuit noire, je ne l’avais pas vu s’approcher de moi.

La radio VHF crachait un appel, mais impossible pour moi de lâcher la barre et de répondre à l’appel qui provenait probablement du cargo.  A mesure que nos routes s’approchèrent, j’apercevais clairement l’éclairage de sa timonerie et je distinguais le bruit sourd de son moteur.  Pour éviter la collision, j’ai dû pousser la barre.  En m’éloignant de sa route, je mettais le bateau en surpuissance maximale, j’ai d’ailleurs fait mon record de vitesse; une pointe à 17,4nds (!), ce qui m’a valu une nouvelle salve interminable de déferlantes.   J’ai dû attendre un long moment, qu’il me dépasse pour pouvoir redresser ma barre et réduire la voilure en toute sécurité.  J'ai cru que j’étais cuit.

Aujourd’hui le bateau surfe à 11-12nds sous voilure réduite.  Mais cette nuit a laissé des traces ;  je me suis fait mal aux genoux mais aussi et surtout très mal au coude. J'ai du me cogner contre un winch en tombant. Dans l’agitation et le stress je ne m’en suis pas rendu compte au moment même.

Je passe ma journée en combinaison sèche (ciré intégral à manchons étanches) soit à l’extérieur, calé à entre les sacs de voiles - que j’ai sorti pour mieux équilibrer le bateau, soit à l’intérieur, allongé dans ma bannette, prêt à bondir si jamais il faut manœuvrer.  Le vent reste soutenu et j’espère ne pas devoir sortir pour manœuvrer avec mon coude douloureux.

Sonné, je somnole toute la journée par tranche d’une petite heure ce qui accentue encore ma perte de repère temporel.

Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre
— Pierre de Coubertin (1863-1937)
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