J+9 : Sentir la terre et s'approcher du but

J+9 : Sentir la terre et s'approcher du but

Mardi 2 août

L’odorat ne trompe pas et confirme que l’île que j’aperçois n’est pas un mirage ; j’approche de l’archipel des Açores

Il fait magnifique aujourd’hui, mais il y a beaucoup de vent et la mer est très agitée.  J’avance presque face au vent, j’avale des paquets d’eau. Je suis trempé.  J’ai choisi de tirer un long bord au nord en espérant pouvoir piquer directement sur Horta ensuite.  Mais je me suis tellement éloigné, qu’ici, la situation météo est différente et encore moins favorable…  Impossible d’atterrir sur Horta, je dois tirer ma barre sur Graciosa et tirer des bords ensuite entre les îles. Je vais atterrir sur les îles de nuit, la vigilance doit être maximale.  

La journée était difficile car en partant au nord je me suis senti très loin. J’ai navigué dans des conditions difficiles.  Dans une mer formée, sous pilote de rechange et avec des instruments défaillants, le gouvernail qui grince, je me sens très vulnérable

En fin de journée, le vent est tombé et m’a permis de me faire ma toilette.  Je me suis rincé les cheveux à l’eau douce.  Ça m’a couté 2 litres d’eau douce, mais ça fait tellement de bien. Je ne tenais plus.  Depuis quelques jours il fait doux et j’ai changé mon collant pour mettre un maillot, tant qu’à faire...  Je constate qu’améliorer mon hygiène corporelle contribue à mon moral et donc à ma performance.

J’aperçois maintenant nettement une des îles; Graciosa.  Après une semaine sans voir la terre, ça fait un drôle d’effet, comme un alpiniste qui arrive au sommet...

J’étais un peu en train de snober Graciosa car ce n’est pas ma destination finale. Et puis on m’a tellement dit que je ne devais pas me réjouir trop vite en voyant la terre que je me suis retenu...  Mais là, je viens de sentir la terre !  De l’air sec, qui sent l’herbe fraîche.  Mon odorat, peu sollicité en mer, alerte mon cerveau qui m’envoie instantanément des images de champ et de bois.  Ça fait un bien fou, immédiatement ! Mon nez ne me trompe pas, je suis près du but… Quel joie. Devant moi se dresse Pico cet énorme volcan culminant à plus de 2.000 mètres.  C’est impressionnant. Je navigue maintenant sous le vent des îles et la mer est redevenue plus calme.  C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé de passer par ici, c'est moins agité.  J’espère maintenant ne pas avoir trop de turbulences, mais le vent dominant est très puissant en ce moment et je ne devrais pas rester bloqué derrière l’île.   Et puis, si j’arrive à rentrer à la voile au port de Lorient, où il y a toutes les rafales de vent possibles et imaginables, je ne vois pas pourquoi ça n’irait pas, ici, dans l’archipel des Açores. C’est réellement un énorme plaisir de sentir cette terre. C’est un moment fort.
La nuit est tombée et je navigue entre les îles. Je vois la lumière des villages et des routes dressés au dessus du niveau de la mer.  Est-ce que les gens se doutent que je suis en train de passer dans le coin après 9 jours en mer ?  J’ai l’impression d’être un espion qui passe incognito...

Ce n’est pas la volonté qui mène au but, mais le but qui donne la volonté.
— Auteur inconnu
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