J+4 : Blessé, l’épuisement a raison de mon classement

J+4 : Blessé, l’épuisement a raison de mon classement

Avec un traumatisme au coude, ma lucidité diminue;  ma performance est directement affectée et ce, au passage d’une zone de trafic intense

De nuit, il faut rester vigilant.  Je l’ai, à nouveau, appris à mes dépends.  Après les frayeurs avec un cargo dans la nuit de mardi à mercredi voilà que cette nuit, je me suis fait dépasser par le Mini numéro 521 de Marine.  J’avais dormi trop longtemps et quand je me suis réveillé à 3h00 du matin le DST (Dispositif de Séparation de Traffic) était déjà loin derrière.  Marine, une fois passé cette zone interdite pour les coureurs, a changé de cap immédiatement.  Cette jeune femme très loquace, cache derrière sa voix innocente, un sens aigu de la compétition... Une heure d’inattention me coûte une place !  J’étais furieux et je m’en suis voulu toute la nuit.  Aujourd’hui, j’ai à nouveau cette horrible sensation d’être le dernier (je ne connais pas mon classement).

Je fonce vers le sud-ouest même si les Açores se trouvent à l’ouest car, à l’ouest, un anticyclone nous bloque la route directe.  Psychologiquement, c’est difficile de tenir une route qui éloigne de l’arrivée.  Impatient, je suis tenté de couper au plus court à l’ouest mais c’est trop risqué.  Il faut tenir bon vers le sud-ouest, encore un peu…

Physiquement, je suis épuisé car je dors mal, mon coude me lance terriblement et j’ai des difficultés à trouver une position confortable dans une mer agitée.  J’ai pris des anti-inflammatoires et des antidouleurs, et le cocktail commence à faire son effet. Je suis complètement KO.  

Je commence aussi à avoir des irritations et je suis frappé par l’odeur qui se dégage de mon ciré.  L’humidité et le manque d’hygiène corporelle durant ces 5 jours de course se font ressentir.  

Malgré tout, je parviens à avancer le bateau.  Il y a 25nds et un angle de vent de 130°, parfait pour naviguer sous Code 5 (voile d’avant de 40m2 environs).  Pourtant, après avoir hissé cette voile, le bateau n’est pas bien équilibré et je ne parviens pas à maintenir le cap.  La réduction de voilure sur la grand-voile ne suffit probablement pas à équilibrer le bateau et je devrais réduire la deuxième voile d’avant pour naviguer avec mon Code 5.  Mais l’idée d’aller réduire le Solent (petite voile d’avant similaire au foc) et manœuvrer sur le pont avec mon état de fatigue ne m’enthousiasme pas.  Je décide alors de baisser le Code 5, mais d’augmenter la surface sur la grand-voile.  Je retrouve alors une meilleure assiette et parviens à tenir mon cap au 240°.  Je navigue à vitesse réduite certes mais au moins, j'avance et je ne m’écarte pas de ma route.  

Le bateau siffle et résonne. La mer est très agitée.  C’est magnifique de voir cette puissance en action.

N’aie pas peur d’avancer lentement. Aie peur de rester immobile.
— Proverbe chinois
J+5 : Panne du pilote-automatique

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J+3 : Collision avec un cargo évitée de justesse

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