J+6 : Contact avec l'autre monde

J+6 : Contact avec l'autre monde

Samedi 30 juillet

L’observation de la nature ainsi qu’une courte communication suffisent pour me convaincre de poursuivre l'aventure

J’ai très nettement vu le souffle de plusieurs baleines aujourd’hui.  Un nuage d’eau pulvérisé à plusieurs mètres au-dessus de la crête des vagues.  J’ai aussi discerné leur dos. Incroyable contact avec la nature sauvage en plein Atlantique à 250 miles nautiques des Açores.

Pourtant, je vois aussi un énorme porte-containers s’approcher comme pour me rappeler que la civilisation n’est jamais loin.  Il s’approche suffisamment pour que je puisse l’identifier sur mon radar anti-collision, c’est le Maersk Columbus.  Un porte-container de 300m de long, qui relie le canal de Suez depuis les Etats-Unis.  Image étonnante et contrastée entre la nature à l’état sauvage d’une part, et le monde industrialisé d’autre part

Je décide d'essayer de contacter le cargo à la radio VHF. Après tout, cela fait à nouveau plusieurs jours que je n’ai parlé à personne et j’ai envie de dialoguer. "Maersk Columbus, Maersk Columbus, Maersk Columbus, this is ExtaSea, ExtaSea, ExtaSea, do you copy?" Après plusieurs tentatives, quelqu’un fini par répondre d’un ton sec et avec un accent américain que je comprends à peine. On converse un peu, avant de terminer la conversation aussi sèchement qu’elle avait commencé. Cela n’a pas duré longtemps, mais, malgré tout, ça fait beaucoup de bien d’entendre une voix. 

Je suis hyper motivé. J'ai envie de tout donner. La carène siffle. J'avance bien aujourd’hui même si le vent est tombé un peu.  J’ai réussi à réduire la voilure avec ma main gauche (je suis droitier) et malgré mes douleurs à l’autre coude.  Ça mouille encore dehors.  Je suis pieds nus car de toute façon mes bottes sont trempées et mes chaussettes sont mouillées tout le temps. 

Aujourd’hui, j’ai remplacé mon bidon de méthanol, qui me sert à générer de l’énergie et à recharger mes batteries. J'aurai tenu 6 jours avec un bidon de 5 litres. A ce rythme, il devrait m’en rester suffisamment pour rentrer en France. Voilà un stress en moins, car il est très difficile de trouver du méthanol aux Açores.

Ce soir, un magnifique arc-en-ciel se dresse à 180 degrés sur l’horizon.  Je ne me souviens pas d’avoir vu une chose aussi belle.  Je profite de ce long moment de contemplation avant de partir dans un délire sur une musique espagnole.  Je retrouve l’appétit.  Le moral est bon.

Compte tenu de mon état de santé, bien se désaltérer est vital.  C’est pourquoi je continue à bien boire tout en vérifiant que mes urines soient claires.  Je n’ai pas calculé précisément le  niveau de mes réserves d’eau potable.  Mais j'avais embarqué 4 bidons de 10 litres, avec une consommation de 3 litres par jour, j’ai de la marge...

Mes petites bouteilles en plastique d’un litre et demi sont vides et, de nuit, je décide de transvaser un peu d’eau depuis mes gros bidons de 10 litres.  Ce faisant la bouteille en plastique me glisse des mains et tombe à l'eau.  Je m'en veux.  Elle va traîner en mer pendant des générations... L’image de la bouteille qui disparaît, lentement, dans le néant de la nuit noire m’a marqué, et me rappelle aussi que je suis entouré par les abysses de l’océan.  Il y a probablement 3.000 mètres de fond à l’endroit où je me trouve. Le moindre faux pas, peut avoir des terribles conséquences, surtout de nuit.  La vie est fragile, elle tient parfois à peu de choses…

Rien à faire
Rien à forcer
Rien à vouloir
Et tout se fait tout seul
— Guendune Rinpoché (1918-1997)

Je suis resté un moment à contempler cet arc-en-ciel.  Ce phénomène naturel, surprend toujours quand il est aperçu.

Mon écran radar anti-collision (AIS) qui signale le Maersk Columbus à un vitesse de 11nds et une distance de 2,13mn. Point d'approche le plus près est de 0,98mn dans 6m48s. 

J+7 : Privé de vent en plein Atlantique

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J+5 : Panne du pilote-automatique

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