J+10 : Délivrance !

J+10 : Délivrance !

Il aura fallu se battre jusqu’au bout et éviter les derniers pièges pour franchir la ligne et mériter l’accueil des autres skippers.

Je sors ma carte « d’atterrissage ».  Même si je sais que tout peut encore arriver, je suis content de sortir cette carte détaillée de la zone d’arrivée.  Je ne suis plus qu’à une dizaine de miles nautiques mais je dois rester concentré. Je dois encore arriver jusqu’à l’entrée du port de Faial et à la voile s’il vous plaît.  Ce matin j’ai pris mon petit déjeuner, comme tous les jours.  Pas question de faire l’impasse en pensant que je serai bientôt attablé. Il y a toujours beaucoup de vent, j’ai réduit la grand-voile et la voile d’avant.  Je ne connais pas la force du vent car je suis toujours sans afficheur de données...

Même si je profite encore de ce moment, je suis très impatient d’arriver.  J’ai vécu beaucoup de choses depuis le départ.  Quitter le port a été très difficile.  Ensuite j’ai été confronté à des conditions de vent très fortes, puis je me suis blessé au coude et j’ai eu des ennuis techniques (le pilote principal ne fonctionne plus du tout, l’afficheur de données de vent ne fonctionne qu’à moitié et le gouvernail est fissuré depuis 10 jours).  Et maintenant, je termine la course avec des vents contraires.  Je mérite d’arriver !

Devant moi se dresse l’énorme volcan Pico et, Horta, le port d’arrivée et la capitale de l'île de Faial, doit être juste en face. Il fait magnifique.  Je suis presque arrivé. Tenir bon, les dernières heures…

A quelques miles de l'île de Faial, je veux couper au plus court et commets l’erreur de m’approcher trop de la côte.  L’île fait écran au vent et je me retrouve soudainement privé de force vélique. Le bateau ralenti et fini par s’arrêter. A quelques centaines de mètres il y a 15nds de vent, je vois la surface de l’eau ridée par le vent…  Quelle frustration.  Encore un coup de gueule.  Je ne vais quand même par rester collé, alors que je suis à quelques heures de la ligne d’arrivée !

Je rééquilibre le bateau et arrive lentement à m’extirper de cette zone.  Ouf, c’est la délivrance.  Le port de Faial se révèle quand je passe le dernier cap. Je dois encore tirer quelques bords entre les îles.  Mais je peux maintenant viser le phare du port où je distingue les mâts d’autres bateaux de plaisance.

Il est 13h temps universel quand je vois deux semi-rigides foncer droit sur moi.  Je mets un peu de temps avant de réaliser que c’est l’organisation de la course.  A son bord, un vrai comité d’accueil ; Jonas (mon compatriote), Valentin et Yann (la délégation suisse), Camille et Amandine (qui représentent l’organisation) et d’autres photographes et supporters…  C’est émouvant de comprendre que j’étais attendu. 

Je fais des bons en les voyant.  Je hurle pour les saluer.  Ça y est, je peux enfin laisser éclater ma joie et la partager !  Ils m’applaudissent et m’encouragent.  Je navigue en direction de la ligne qui n’est plus qu’à quelques centaines de mètres.

A l’entrée du port, ExtaSea coupe la ligne et le comité valide mon arrivé à la radio.  Quel satisfaction. J'en ai le vertige. J’ai l’impression d’avoir réalisé quelque chose de fort.  J'ai l'impression d'être plus fort...

Assez fort pour traverser l'Atlantique ?

À suivre... 

“Ton temps est limité, alors ne le gâche pas en menant une existence qui n’est pas la tienne.”
— Steve Jobs (1955-2011)

Les autres skipper "ministes" m'attendent sur les pontons du port de Horta.

 Carte de l'archipel des Açores (groupe central) avec le port de Horta (en vert)

Carte de l'archipel des Açores (groupe central) avec le port de Horta (en vert)

Cartographie de la première étape

19 jours dans "Une Course Vers Soi"

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J+9 : Sentir la terre et s'approcher du but

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