J+5 : Panne du pilote-automatique

J+5 : Panne du pilote-automatique

Vendredi 29 juillet

Une infiltration d’eau est probablement à l’origine du court-circuit qui a provoqué l’arrêt du pilote et qui fragilise maintenant sérieusement mon expédition

C’est à nouveau de nuit qu’un incident survient.  Cette nuit mon pilote automatique m’a lâché sans crier gare.  Soudainement mon ami barreur a rendu l’âme ainsi que l’afficheur de données de navigation (angle de vent, vitesse du vent etc…). Il faisait nuit noire quand une vague a du provoquer une infiltration d’eau dans les circuits.  Je n’avais plus que la girouette en haut du mat et les brins de laine collés sur la voile pour savoir d’où venait le vent.  Retour à l’ancienne…  Mais barrer à la force des bras est épuisant, et tenir la barre pour le restant de la course n’était pas envisageable.  Alors j’ai décidé d’installer le pilote de secours

En allant chercher le pilote de secours à l’intérieur, j’ai dû lâcher la barre et la bloquer afin de maintenir un cap.  Mais le bateau a fini par s’écarter de sa route et a empanné (changer d'amure par vent arrière) violemment.  Je me suis retrouvé les voiles sur l’autre bord avec tout le contre poids (matériel et affaires) du mauvais côté (sous le vent).  Dans ces conditions impossible de changer d'amure.  Il a fallu déplacer tout le poids sur l’autre bord avant de pouvoir remettre les voiles du bon côté. Ce n’est qu’après avoir réussi à rééquilibrer le bateau que j’ai réussi à installer le pilote de secours.  Quelle manoeuvre, mais je suis sauvé !

Le nouveau pilote fonctionne avec un autre compas, que je n’ai pas eu le temps d’étalonner au port.  Du coup, il est mal réglé et je ne sais pas précisément quel cap je suis, ni où je suis par rapport aux autres concurrent.  Aussi ai-je décidé de ne pas me situer par rapport aux autres. C’est moins stressant.

Aujourd’hui, je suis liquidé, cette nuit m’a couté cher en bilan énergétique. J’ai l’impression d’être en sursis.  J’ai vu que j’avais cassé une latte dans le Solent, ma petite voile d'avant.  Un détail mais en faisant l’addition (safran, pilote…) le bateau est devenu vulnérable.  Et moi, je suis très affaibli, j’ai envie de vomir et je sens que j’ai un peu de fièvre.  Le tout dans des conditions de vent soutenues…

Difficile de demander un avis médical, je n’ai personne à portée radio VHF et il est hors de question de déclencher ma balise satellite d’urgence EPIRB car je suis encore loin du danger vital. Mais je sais que je peux demander une assistance médicale (sans être pénalisé) en déclenchant mon tracker, fourni par la course et qui permets de nous suivre à terre. Mais j’abandonne vite l’idée de demander de l’aide - même médicale.  Je suis convaincu que mon bras va dégonfler et, même si je n’ai toujours pas reçu de météo depuis 4 jours, je sais que le temps devrait se calmer en approchant de l’anticyclone.

Je m’efforce de rester vigilant.  Je sais que mon aventure peut basculer à tout moment.

Je décide de prendre le temps de m’occuper de mon corps.  Pour la première fois depuis 4 jours je me brosse les dents et je change de sous-vêtements.  Je me passe une lingette sur le visage pour enlever l’eau salée.  Je me sens déjà mieux. 

Malgré la douleur, j'ai profondément envie de poursuivre et de mener à bien mon entreprise.

Comme pour beaucoup de choses dans la vie, le plus difficile a été de se lancer.  Maintenant il faut accepter la lutte, l’effort, le doute et avancer en franchissant chaque obstacle.  Je sais que c’est dans l’épreuve qu’on se réalise et que la réalisation de soi est une des principales sources de bonheur, alors GO !

Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal: c’est le courage de continuer qui compte.
— Winston Churchill (1874-1965)
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