Vivre à bord d'un voilier de 6m50

Comment vit-on en mer dans un espace réduit à 2m3 ?

a. Dormir

La théorie voudrait qu’on dorme par tranche de 20 minutes…  En pratique, c’est impossible (du moins je n’y parviens pas).  Il faut manœuvrer dès que le vent change (de force ou de direction) ou qu’il y a risque de collision, et, cela peut arriver à tout moment. A certains endroits, la variabilité du vent et le risque d’abordage sont tels, qu’il faut rester éveillé et aux aguets pendant plusieurs heures d’affilée.  C’est le cas lors du passage du cap Finisterre par exemple.  La vigilance est également de mise lors de navigations côtières où les courants et les hauts fonds augmentent considérablement le risque d’échouage.  En général, j'essaye de dormir dès qu’un créneau favorable se présente, le pilote automatique prend alors la relève (pour autant qu’il fonctionne correctement).

Quand c'est possible je dors 20 à 60 minutes maximum. La méditation m’aide à m’endormir de jour comme de nuit et je mets un minuteur pour me réveiller. L'alarme est assez puissante pour me sortir d’un endormissement profond et m'éviter l’irréparable.  Quand tout va bien, je fais plusieurs tranches de 60 minutes, mais il m’est arrivé de dormir quelques heures seulement en 48h.

 La cuisine: une petite bonbonne de gaz qui chauffe un contenant fixé par dessus

La cuisine: une petite bonbonne de gaz qui chauffe un contenant fixé par dessus

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b. Manger

A bord, je mange principalement des plats lyophilisés ou appertisés, que je réchauffe au gaz dans une petite bouilloire.  L’un est déshydraté et il faut rajouter de l’eau bouillante, l’autre est conservé sous vide et il faut le réchauffer au bain-marie. L’avantage de l’un est l’inconvénient de l’autre : le lyophilisé est plus léger (car déshydraté) mais je trouve que l’appertisé lui à plus de goût.  Les deux représentent un coût: entre 6 et 10 euros par repas.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces repas sont loin d’être mauvais (les plats lyophilisés dépassent d’ailleurs largement mes maigres connaissances culinaires).

Le problème c’est la lassitude.  Pour quelqu’un qui a besoin de changement, comme moi, le manque de variété et parfois difficile à vivre passé 7 jours de course.

L’absence de produits frais se fait également vite ressentir.  Lors de longues traversées, je rêve d’une salade de tomates ou d’un bon morceau de viande rouge. Je parviens néanmoins a conserver des fruits (pommes et bananes) pendant plusieurs jours.

Boire

J’emporte toujours une ou deux bières à bord pour célébrer l’atteinte d’un objectif ou m’aider lors d’un passage à vide.  Et puis, en tant que belge, je ne peux m’en passer.

Je m’efforce de boire suffisamment d’eau car, dans l’action, on oublie souvent de boire. Or, en mer on se déshydrate plus vite qu’a terre. La transpiration s’évapore plus vite car on est plus exposé au vent et aux rayons de soleil (réfléchis sur l’eau). J’essaye de boire les 2 litres recommandés par jour, mais en pratique, c’est difficilement quantifiable.

Mal à la tête ou des urines jaunes me rappellent que la déshydratation est proche. 

 Passage du pont de l'Île de Ré lors de mon parcours qualificatif Mini-Transat en juin 2016

Passage du pont de l'Île de Ré lors de mon parcours qualificatif Mini-Transat en juin 2016

Espace intérieur : tout se qui n'est pas directement lié à la navigation a été supprimé

 

Hygiène

Il n’y a pas de douche ou de sanitaire à bord, pour des raisons pratique l’hygiène corporelle est donc réduite à son strict minimum.  Et puis en mer, même se brosser les dents devient aussi difficile que boire un verre d’eau sur des montagnes russes.  Mais, si sur une petite course de quelques jours je peux faire l’impasse de l’hygiène, sur de longues courses au large, c’est fortement déconseillé.  Dans un environnement humide et d’eau salée le corps a besoin d’attention particulière. J’essaye donc de me rincer le visage et, quand c’est possible, le reste du corps.  En général j’utilise des lingettes car la météo ne permet que rarement de se laver intégralement sur le pont à l’eau douce.  Pour les besoins naturels, la mer offre un joli panorama, sinon il y a un seau spécialement dédié à cette opération. Maladroits s’abstenir…